Sous la paroi abrupte des Monts de Vaucluse, une eau d’un vert profond disparaît brutalement dans un entonnoir rocheux qui semble sans fond. Le gouffre de Fontaine de Vaucluse intrigue depuis des siècles les habitants, les scientifiques et tous ceux qui s’y arrêtent quelques minutes.
Tu as peut-être déjà vu des photos de cette ouverture sombre, entourée de falaises calcaires claires, où la lumière joue avec les remous de la source. Ce paysage n’est pas qu’un décor : c’est l’aboutissement d’une longue histoire géologique, patiemment sculptée par l’eau dans la roche, loin des regards. 🌊
Pour comprendre ce gouffre, il faut accepter de descendre mentalement sous la surface, d’imaginer des galeries cachées, des nappes invisibles et une montagne qui se comporte comme une immense éponge. Ici, tout tourne autour de la karstification, ce processus par lequel l’eau dissout la roche calcaire et façonne des cavités.
Le gouffre de Fontaine de Vaucluse est l’une des plus puissantes sources karstiques d’Europe, un véritable laboratoire naturel où se lisent les liens subtils entre relief, climat, roches et circulation de l’eau. Tu t’apprêtes à explorer cette mécanique discrète, depuis le contexte géologique régional jusqu’aux détails de la formation du gouffre, en suivant le fil silencieux de l’eau qui travaille depuis des millions d’années.
Un phénomène naturel singulier : le gouffre de Fontaine de Vaucluse et sa source vauclusienne
Quand tu arrives à Fontaine de Vaucluse, tu découvres d’abord une eau claire qui s’écoule calmement, puis, en remontant le cours, le paysage se resserre. Les falaises te dominent, et l’eau semble soudain jaillir de nulle part.
Ce que tu vois en surface, c’est la résurgence vauclusienne, un type de source qui donne son nom à tout un style de résurgence : la « source vauclusienne ». Le gouffre est l’ouverture de cette immense bouche d’eau, une cavité à la fois spectaculaire et discrète, dont la profondeur exacte a longtemps échappé aux explorateurs.
Ce site se distingue par le contraste entre la petite taille apparente du bassin et l’énorme débit d’eau qui en sort, notamment au printemps. À certaines périodes, le flux atteint plusieurs dizaines de mètres cubes par seconde, soit l’équivalent de milliers de baignoires qui se remplissent en même temps.
Les spéléologues-plongeurs ont exploré le gouffre avec des équipements toujours plus sophistiqués, descendant palier après palier, mais la totalité du réseau renfermé derrière l’orifice reste en grande partie inconnue. Cette part de mystère contribue à la singularité du lieu. 🧭
Pour te représenter ce phénomène, imagine une montagne où la pluie et la neige pénètrent profondément dans les fissures de la roche, parcourent des kilomètres sous terre, puis ressortent brutalement en un seul point. Le gouffre est la sortie principale d’un immense système hydrologique souterrain qui collecte les eaux d’un vaste bassin versant.
Cette concentration d’eau en un point unique explique la puissance de la source et la morphologie si marquée du gouffre.
Au fil des siècles, ce phénomène naturel a intrigué autant que d’autres grandes énigmes de la nature. Les habitants se demandaient d’où venait toute cette eau, comme on s’interroge sur les origines d’autres peuples ou phénomènes, à l’image de ce que raconte par exemple cet article sur les origines des Vikings 🛶.
Dans les deux cas, il s’agit de remonter les fils d’une histoire complexe, de confronter les légendes à la réalité scientifique. Pour le gouffre, les réponses se trouvent dans la géologie, patiente et précise.
Le gouffre de Fontaine de Vaucluse joue ainsi un rôle double : c’est un spectacle naturel qui impressionne immédiatement, mais aussi une porte d’entrée sur un monde souterrain qu’on ne perçoit qu’à travers quelques indices. L’eau qui bout en surface, les variations de niveau selon les saisons, la forme en entonnoir de la cavité : tout cela raconte la manière dont la roche s’est peu à peu dissoute et effondrée pour offrir cette ouverture.
Ce point de vue change la façon d’observer le site : tu ne regardes plus seulement un gouffre, mais la signature visible d’un système caché.
En comprenant ce caractère unique, tu peux ensuite replacer le gouffre dans son environnement. Car il n’existe pas isolément : il est entièrement lié au relief, au climat et aux roches du Vaucluse. C’est ce contexte géographique, plus large que la simple cavité, qui donne sens à sa forme et à son fonctionnement.
Localisation et cadre géographique du gouffre de Fontaine de Vaucluse
Le gouffre de Fontaine de Vaucluse est niché au pied des Monts de Vaucluse, dans le département du Vaucluse, au cœur de la Provence. Le relief ici est marqué par une alternance de plateaux calcaires, de vallées encaissées et de falaises abruptes.
Le gouffre se situe au point de contact entre ces plateaux élevés, qui jouent le rôle de réservoirs, et la vallée du fleuve Sorgue, qui évacue les eaux vers la plaine du Comtat.
Si tu regardes une carte, tu vois un grand arc de montagnes calcaires qui encadre la région : au nord le Ventoux, à l’est les Monts de Vaucluse, au sud le Luberon. Le gouffre se trouve précisément là où cet arc montagneux laisse une ouverture vers l’ouest, en direction d’Avignon.
Cette position explique en grande partie le rôle de la source : elle reçoit l’eau infiltrée sur une zone très vaste, qui s’étend bien au-delà du seul village de Fontaine de Vaucluse.
L’environnement immédiat est dominé par la roche claire, la végétation méditerranéenne et un climat marqué par des étés chauds et secs, suivis d’hivers plus humides. Ce contraste saisonnier influence directement la circulation de l’eau souterraine.
La montagne se recharge particulièrement à l’automne et en hiver, quand les pluies sont plus fréquentes, et le gouffre traduit ces variations par des changements de niveau remarquables. Tu peux ainsi observer une vasque presque calme en été, puis un véritable torrent à la fin de l’hiver.
Ce paysage rappelle d’autres territoires calcaires en France, comme certains secteurs de l’Ardèche. Par exemple, le Bois de Païolive en Ardèche 🌳 montre lui aussi des formes sculptées par la dissolution du calcaire : arches, blocs isolés, chaos rocheux.
La différence, c’est qu’à Fontaine de Vaucluse la sculpture principale n’est pas en surface, mais concentrée dans une ouverture unique où se manifeste l’essentiel du réseau souterrain.
Le gouffre est aussi positionné à la jonction de différents types de roches. En altitude, les plateaux sont constitués de calcaires massifs, propices à la formation de cavités.
Plus bas, on trouve des dépôts plus fins, marneux ou argileux, qui retiennent davantage l’eau. Cette superposition crée des contacts hydrogéologiques importants : l’eau circulant dans le calcaire est freinée ou redirigée dès qu’elle rencontre ces couches moins perméables, ce qui favorise les résurgences comme celle de Fontaine de Vaucluse.
Enfin, le gouffre se situe dans une vallée relativement encaissée. Les falaises qui l’entourent jouent un rôle de cadre naturel, mais aussi de repère pour comprendre l’histoire du relief.
Elles témoignent d’anciens niveaux d’érosion, de périodes où les rivières coupaient plus ou moins profondément dans la montagne. La position de la source, à la base de ces parois, reflète un équilibre entre le creusement de la vallée et l’enfoncement progressif du réseau souterrain.
Ce cadre géographique pose donc les bases : un massif calcaire élevé, un climat contrasté, une vallée profonde, des couches rocheuses variées. Dans ce décor, l’eau dispose de tous les ingrédients pour sculpter, dissoudre, creuser. Ce sont justement ces roches, invisibles au premier coup d’œil, qu’il faut maintenant regarder de plus près.
Contexte géologique régional : roches calcaires et relief karstique
Le gouffre de Fontaine de Vaucluse prend naissance dans un massif dominé par des roches calcaires formées il y a des dizaines de millions d’années, à une époque où la région était recouverte par une mer chaude peu profonde. Les organismes marins, coquillages, algues calcaires et coraux ont accumulé des squelettes et des coquilles carbonatés au fond de cette mer.
Avec le temps, ces dépôts se sont compactés, cimentés, pour devenir un épais empilement de calcaire.
Plus tard, les mouvements de la croûte terrestre ont soulevé ces couches marines, les faisant émerger et se plisser pour constituer les Monts de Vaucluse. Des fractures se sont ouvertes dans la roche, créant un réseau de fissures verticales et horizontales.
Ces zones de faiblesse sont devenues des portes d’entrée idéales pour l’eau de pluie, qui a commencé à s’y infiltrer plutôt que de ruisseler en surface.
Le relief actuel est donc le résultat d’une double histoire : d’abord une histoire marine de sédimentation, ensuite une histoire continentale de soulèvement et d’érosion. Ce type d’évolution, on le retrouve dans de nombreux massifs calcaires méditerranéens, mais à Fontaine de Vaucluse, la combinaison entre fracturation intense, épaisseur des couches et climat a produit un karst particulièrement développé.
Le terme karst désigne un paysage où la dissolution des roches solubles, comme le calcaire, crée des formes typiques : dolines (dépressions fermées), avens (puits verticaux), grottes, pertes de rivières, résurgences. Tu peux imaginer ce paysage comme une sorte de gruyère géant 🧀, où la croûte en surface semble parfois continue, mais où l’intérieur est largement creusé par des vides et des conduits.
Le gouffre de Fontaine de Vaucluse est l’une des grandes ouvertures de ce gruyère.
Dans ce massif, les calcaires ne sont pas tous identiques. Certains sont plus massifs, plus purs, donc plus facilement dissous par l’eau.
D’autres sont entrecoupés de bancs marneux ou d’argiles, qui freinent la circulation de l’eau. Cette alternance contrôle la profondeur à laquelle se forme le réseau souterrain, la taille des galeries et les points de résurgence.
Là où une couche moins perméable barre le passage, l’eau est souvent obligée de ressortir, donnant naissance à une source.
Les géologues étudient également les structures tectoniques : plis, failles, fractures. À Fontaine de Vaucluse, plusieurs grandes failles orientent la circulation de l’eau sous terre.
Ces structures agissent un peu comme des couloirs préexistants que l’eau élargit ensuite par dissolution. C’est cette interaction entre tectonique et karstification qui explique pourquoi le gouffre se trouve ici, et non quelques kilomètres plus loin.
Pour résumer les grandes caractéristiques géologiques utiles à la compréhension du gouffre, tu peux garder en tête le tableau suivant :
| Élément géologique 🔍 | Rôle dans le gouffre de Fontaine de Vaucluse 💧 |
|---|---|
| Calcaires massifs | Roche principale dissoute par l’eau, formation de cavités et galeries |
| Failles et fractures | Voies préférentielles de circulation de l’eau, guidage du réseau souterrain |
| Couches marneuses/argileuses | Barrières partiellement imperméables, favorisent la résurgence de la source |
| Relief de plateau | Zone de recharge par infiltration des pluies et de la neige |
| Vallée encaissée | Abaissement du niveau de base, contrôle la position du gouffre en sortie |
Ce cadre géologique montre que le gouffre n’est pas un accident isolé, mais la conséquence logique d’une architecture rocheuse complexe. Dès qu’on comprend la nature de ces calcaires fracturés, on devine que l’eau va s’y infiltrer, se frayer un chemin, puis ressortir massivement là où le relief et les couches moins perméables l’y obligent.
Mais connaître les roches ne suffit pas. Il reste à suivre l’eau dans son travail quotidien, à comprendre comment elle attaque le calcaire, goutte après goutte, jusqu’à créer un gouffre profond et une source d’une telle puissance.
Processus de karstification et formation progressive du gouffre
Au cœur de l’origine du gouffre de Fontaine de Vaucluse se trouve la karstification, ce processus par lequel l’eau, en circulant dans le calcaire, le dissout progressivement. L’idée peut paraître surprenante : comment une roche solide peut-elle disparaître sous l’action de l’eau, si douce en apparence ?
La clé se trouve dans la chimie. L’eau de pluie se charge en dioxyde de carbone (CO₂) en traversant l’atmosphère puis les sols.
Elle devient alors légèrement acide, formant une solution capable d’attaquer le carbonate de calcium qui compose le calcaire.
Tu peux comparer ce phénomène à ce qui se passe quand tu laisses une goutte de vinaigre sur un morceau de craie. La craie commence à se dissoudre, à mousser légèrement.
Ici, l’eau n’est pas aussi acide que du vinaigre, mais le temps joue en sa faveur ⏳. Sur des milliers, voire des millions d’années, chaque goutte participe à élargir une fissure, à creuser un conduit, à agrandir une cavité.
Dans le massif des Monts de Vaucluse, l’eau s’infiltre par les fissures, les dolines, parfois par des avens. Elle circule ensuite en profondeur, suivant les lignes de faiblesse de la roche.
Au début, ce sont de simples microfissures. Puis, au fur et à mesure que l’eau y passe, la dissolution agrandit le passage.
La vitesse du courant, la température, la chimie de l’eau influencent ce creusement. Plus le débit est fort, plus la cavité peut s’agrandir rapidement.
Le gouffre lui-même correspond à la rencontre entre un conduit souterrain majeur et la surface de la vallée. Là où la galerie arrive près de l’extérieur, le toit rocheux peut se fragiliser.
Des effondrements successifs se produisent, élargissant progressivement l’ouverture. C’est ce mécanisme qui forme un entonnoir, une sorte de puits élargi où l’eau jaillit ou se retire selon les saisons.
Pour t’aider à visualiser, imagine une canalisation souterraine qui grossit avec le temps, puis dont la partie supérieure finit par céder, créant une fenêtre vers la surface. La différence, c’est qu’ici, la « canalisation » n’est pas fabriquée par l’humain, mais patiemment sculptée par l’eau dans la roche, en suivant les plans de fracture hérités de l’histoire tectonique.
Dans la formation du gouffre, plusieurs étapes peuvent être distinguées :
- 🌧️ Infiltration de l’eau dans le calcaire par les fissures et dépressions de surface.
- 🧪 Dissolution progressive du calcaire le long des lignes de faiblesse, création de petits conduits.
- 🌀 Connexion des conduits et mise en place d’un réseau souterrain plus large, orienté par les failles.
- 🏞️ Approche du réseau de la surface, au fur et à mesure que la vallée se creuse en surface.
- 💥 Effondrements ponctuels du toit rocheux, aboutissant à l’ouverture du gouffre visible.
Chaque étape est lente à l’échelle humaine, mais rapide à l’échelle géologique. Des études de traçage, où l’on injecte un colorant dans des pertes d’eau situées à plusieurs kilomètres du gouffre, montrent que l’eau peut circuler assez vite dans ces conduits. Cela révèle un réseau déjà bien organisé, où la dissolution a achevé son travail de creusement.
Ce qui est frappant, c’est que la karstification ne s’arrête pas. Le gouffre continue d’évoluer, même si tes yeux ne perçoivent pas ce changement.
L’eau qui traverse chaque jour la cavité poursuit sa tâche, modifiant légèrement les parois, déposant parfois du calcaire sous forme de concrétions, en dissolvant ailleurs. Le gouffre est donc une forme dynamique, en équilibre entre creusement, effondrement et dépôt.
Une fois ce mécanisme posé, une question se présente : à quel moment de l’histoire régionale tout cela a-t-il commencé, et comment cette forme particulière a-t-elle pris son aspect actuel ? Pour cela, il faut remonter plus loin dans le temps.
Cette vision globale des processus à l’œuvre prépare la transition vers une lecture chronologique de la formation du gouffre, comme si tu feuilletais les pages d’un livre où chaque chapitre correspond à une phase géologique.
Étapes chronologiques de la formation du gouffre et dynamique hydrologique actuelle
La formation du gouffre de Fontaine de Vaucluse se déroule en plusieurs grandes phases, qui s’imbriquent avec l’évolution du relief et du climat régional. Au départ, il y a un massif calcaire émergé, issu de l’élévation progressive des anciennes couches marines.
Ce soulèvement, amorcé à l’ère tertiaire, crée les plateaux et les Monts de Vaucluse, qui deviennent progressivement le siège d’une érosion active.
Dans une première phase, la surface du massif est soumise aux pluies, aux variations de température, au gel et au dégel. De petites dépressions se forment, les fissures se rouvrent, et l’eau commence à s’infiltrer.
C’est la naissance discrète du karst : les conduits restent modestes, les écoulements lents, la structure encore embryonnaire. Les vallées de surface sont moins profondes qu’aujourd’hui, et le niveau de base des rivières est plus élevé.
Au cours d’une deuxième phase, la vallée de la Sorgue et les vallées voisines s’approfondissent. Les rivières entaillent davantage les plateaux.
Ce creusement en surface a une conséquence directe en profondeur : il abaisse le niveau auquel les eaux souterraines peuvent s’écouler. En réponse, le réseau de galeries migre progressivement vers le bas, suivant ce nouveau niveau de base.
Des conduits plus anciens, situés plus haut, peuvent être abandonnés ou fossilisés, tandis que de nouvelles voies s’ouvrent plus bas dans la montagne.
C’est probablement durant cette phase que se met en place le conduit principal qui aboutit à Fontaine de Vaucluse. L’eau, cherchant la sortie la plus basse disponible, concentre ses flux vers ce point, qu’elle élargit par dissolution.
Le toit de la galerie, fragilisé par la présence de vides, finit par s’effondrer localement, ouvrant un premier orifice du gouffre. Ce n’est pas un événement unique, mais une série d’effondrements successifs, étalés dans le temps, qui agrandissent petit à petit la cavité visible.
Dans une troisième phase, plus récente, la dynamique se stabilise. Le réseau souterrain est structuré, le gouffre est ouvert, la source vauclusienne fonctionne comme une vaste soupape, régulant les débits issus du massif.
Les variations climatiques, comme les périodes plus froides ou plus humides, modifient la quantité d’eau qui transite, mais la forme générale du système reste la même.
Aujourd’hui, la dynamique hydrologique du gouffre est particulièrement spectaculaire. En période de basses eaux, l’eau affleure à une profondeur importante dans le gouffre, laissant voir les parois abruptes.
En crue, au contraire, la vasque se remplit presque jusqu’au bord. L’eau déborde alors dans le lit de la Sorgue avec un débit impressionnant.
Ces fluctuations correspondent aux dégâts invisibles en altitude : pluie sur les plateaux, fonte de la neige, infiltration progressive.
Les spéléologues et hydrogéologues décrivent le fonctionnement du massif comme celui d’une grande « éponge karstique ». Quand il pleut, l’éponge se charge, l’eau stockée dans les fissures et les galeries augmente, puis elle se vide progressivement par le gouffre et les autres sources secondaires.
La comparaison avec une éponge aide à comprendre pourquoi la réponse n’est pas toujours immédiate : selon le niveau de saturation du système, le débit de la source peut réagir avec un certain délai.
Pour mieux visualiser les interactions entre les différentes composantes du système, on peut les résumer ainsi :
- 🌦️ Atmosphère : apporte la pluie et contrôle, par le climat, la quantité d’eau disponible.
- 🪨 Roches calcaires : offrent un milieu poreux et fissuré où l’eau peut s’infiltrer et dissoudre.
- 🌄 Relief : impose un niveau de base qui fixe la profondeur du réseau souterrain.
- 💦 Gouffre et source : assurent la sortie principale de l’eau stockée dans le massif.
Cette organisation rend le gouffre de Fontaine de Vaucluse particulièrement intéressant pour les scientifiques. C’est un système lisible à grande échelle, où l’on voit directement la réponse de la source aux pluies tombées parfois à des dizaines de kilomètres.
Des campagnes de traçage, des mesures de débit, de température, de chimie de l’eau permettent de reconstituer la géographie cachée des galeries.
Les vidéos de plongée spéléologique à Fontaine de Vaucluse illustrent bien cette dimension exploratoire : lampes qui balayent l’obscurité, cordes de sécurité, progression lente dans un conduit immergé. Elles donnent un aperçu saisissant de ce monde invisible où se joue la dynamique du gouffre. 🦺
Comprendre cette chronologie, depuis la mer originelle jusqu’aux explorations modernes, permet de regarder le gouffre autrement. Tu ne vois plus seulement une eau qui sort d’un trou, mais la dernière étape d’un long voyage souterrain, guidé par la géologie et le temps.
Un laboratoire à ciel ouvert : importance scientifique et environnementale du gouffre
Le gouffre de Fontaine de Vaucluse n’est pas seulement un paysage spectaculaire. C’est aussi un site de référence pour l’étude des hydrosystèmes karstiques, utilisé par de nombreux chercheurs comme terrain d’observation et de modélisation.
Sa puissance, la clarté de son fonctionnement général, la taille de son bassin versant en font un exemple idéal pour comprendre comment un massif calcaire stocke, filtre et restitue l’eau.
Les scientifiques s’intéressent particulièrement à la manière dont le massif réagit aux épisodes de pluie intense ou aux périodes de sécheresse. En mesurant le débit de la source, la chimie de l’eau (teneur en calcium, en magnésium, en CO₂ dissous, en oligo-éléments), la température, ils peuvent reconstituer le temps de séjour de l’eau dans le sous-sol, la profondeur des circulations, ou encore la part des eaux de pluie récentes par rapport aux eaux stockées plus longtemps.
Ce type d’étude est crucial à l’heure où le changement climatique modifie les régimes de pluie et de sécheresse. Les massifs karstiques, comme celui de Fontaine de Vaucluse, sont souvent des réservoirs stratégiques pour l’alimentation en eau des populations.
Comprendre comment ils se remplissent et se vident, comment ils filtrent ou non les polluants, est un enjeu majeur pour la gestion durable de la ressource.
Le gouffre sert également de cas d’école pour tester des modèles numériques d’écoulement souterrain. Les données de débits, de tracages, de niveaux piézométriques sont intégrées dans des logiciels capables de simuler la circulation de l’eau dans des milieux fracturés.
La précision de ces modèles dépend de la qualité des observations, d’où l’intérêt d’un site bien documenté comme Fontaine de Vaucluse.
Pour un observateur curieux, ce site montre enfin à quel point un paysage peut être multicouche. Sous la surface visible, il existe un monde discret dont dépend la vie des rivières et des habitants.
Prendre conscience de cette dimension souterraine change souvent notre rapport à l’eau : on comprend qu’elle ne vient pas « du robinet », mais d’un long parcours à travers la roche, vulnérable aux pollutions, sensible aux excès de prélèvements.
Dans ce contexte, quelques bonnes pratiques s’imposent autour de ces milieux karstiques :
- 🚯 Limiter les pollutions diffuses (pesticides, hydrocarbures, déchets) sur les plateaux calcaires d’où provient l’eau.
- 💧 Adapter les prélèvements d’eau à la capacité de recharge du massif, surtout en période de sécheresse.
- 🔬 Soutenir la recherche et les programmes de suivi hydrologique pour affiner la connaissance du système.
- 🌱 Préserver les sols et la végétation qui jouent un rôle de filtre naturel avant l’infiltration.
Le gouffre de Fontaine de Vaucluse illustre ainsi un principe simple : plus on comprend les mécanismes qui façonnent un lieu, plus on est en mesure de le respecter. Entre falaises, eaux vert émeraude et cavités invisibles, il invite à regarder la géologie non comme un décor figé, mais comme un processus vivant, toujours en cours.
Cette prise de conscience transforme la contemplation en compréhension, et la curiosité en vigilance pour les générations à venir. 🌍
Pourquoi le gouffre de Fontaine de Vaucluse est-il considéré comme une source vauclusienne de référence ?
Parce qu’il s’agit d’une résurgence karstique très puissante, où l’eau jaillit d’un gouffre profond après avoir circulé dans un vaste réseau souterrain. Sa morphologie typique (entonnoir encadré de falaises, vasque profonde) et ses débits élevés en font le modèle qui a donné son nom au type de sources dites « vauclusiennes ».
Comment l’eau parvient-elle jusqu’au gouffre de Fontaine de Vaucluse ?
L’eau de pluie et de neige qui tombe sur les plateaux calcaires environnants s’infiltre dans les fissures de la roche. Elle circule ensuite à travers un réseau de conduits et de galeries karstiques guidés par les failles et fractures, avant de converger vers un conduit principal qui ressort au niveau du gouffre, sous forme de source.
Le gouffre continue-t-il de se former aujourd’hui ?
Oui. La karstification est un processus continu : l’eau qui traverse chaque jour le massif dissout encore légèrement le calcaire, agrandit certains conduits et en colmate d’autres par dépôts. Les changements sont imperceptibles à l’échelle d’une vie humaine, mais réels à l’échelle géologique.
Pourquoi le niveau de l’eau varie-t-il autant dans le gouffre au fil des saisons ?
Ces variations reflètent l’état de remplissage du massif karstique. En période humide, la « réserve » souterraine se charge et la source débite davantage, faisant monter le niveau de la vasque. En période sèche, le massif se vide progressivement, et le niveau de l’eau dans le gouffre baisse jusqu’à laisser apparaître les parois.
En quoi le gouffre est-il important pour la recherche sur l’eau et le climat ?
Le gouffre de Fontaine de Vaucluse permet de suivre de près la réaction d’un grand système karstique face aux variations de pluie et de température. Les données recueillies servent à mieux comprendre le stockage de l’eau dans les massifs calcaires, à anticiper les effets du changement climatique sur les ressources en eau et à améliorer les modèles d’écoulement souterrain utilisés par les hydrogéologues.




